Article d'une revue roumaine de cinéma sorti en janvier 1973.
Cet article a été envoyé et traduit par une amie roumaine Maria Bratu.

En décembre 1972, Gérard Philipe aurait eu 50 ans.


Ayant toujours le même age que Pouchkine, Apollinaire et nous…

Acteur français, né à Cannes, le 4 décembre 1922; mort le 25 novembre 1959 a Paris”… c’est tout ce qui reste de Gérard Philipe dans les lettres mortes des encyclopédies. C’est le sort de tous ceux qui sont morts jeunes dans tous les domaines de l’esprit. Ils ont, pourtant, dans la postérité – compensation suprême ! – la grande joie du mythe. Pour nous, ceux qui regardons Fanfan la Tulipe, Le rouge et le noir, Le joueur, L’idiot, à la cinémathèque, Gérard est encore quelque chose: il est l’ami sans age, le conseiller sans façons,"le beau souvenir" de nos propres souvenirs. Il est notre jeunesse enfantine, notre timidité masquée, notre illusion éveillée, notre sourire sceptique – toutes ces étapes que nous avons brûlés avec lui, à côté de lui et loin de lui, comme dans un rêve. De ses 35 films, nous retenons un seul personnage qui parcourt les peu de kilomètres de cellulose, en s’appuyant sur sa candeur comme sur une canne. Même si ne faisions nôtre que cela, de l’héritage qu’il nous a légué, ce serait suffisant pour toute une vie, soit-elle plus longue que la sienne. Il est le symbole d’une génération.

Malraux a dit que la mort transforme la vie en destin.
Au cinéma, il n’est pas obligatoire de mourir pour atteindre l’éternité. Voila, Charlot même vit invraisemblablement. Il y a pourtant des acteurs qui paient l’immortalite, du prix suprême: leur vie. Pensez a Valentino. A Cybulski. A James Dean. A Gérard Philipe. On se rappelle Gérard Philipe de plus en plus rarement, il faut le reconnaître. Les grands acteurs partagent le sort des grands écrivains. Après la mort, une période de silence diffuse calmement la lumière aveuglante des destinés d’exception – permettant l’installation tranquille de l’artiste dans l’éternité. Appelle par notre mémoire cinéphile, Gérard Philipe a été de nouveau parmi nous. Avec la grâce juvénile de l’amoureux dans Le diable au corps. Avec la timidité intelligente du prince Muichkine dans L’idiot. Avec la désinvolture séduisante et le charme irrésistible dans Fanfan la Tulipe. Avec le romantisme imberbe de Fabrice del Dongo dans La chartreuse de Parme. Avec la passion dévoratrice dans Le joueur. Avec l’élégance de l’officier dans Les grandes manœuvres. Avec le désespoir noyé d’alcool dans Les orgueilleux. Avec la désorientation morale de Monsieur Ripois. Avec les saveurs oniriques du pauvre professeur de musique dans Les belles de nuit. Avec le génie tragique de Modigliani dans Montparnasse 19. Avec l’enthousiasme et la genevois du chevalier Henri dans La Beauté du diable. Le cinéma rachète par son existence même l’injustice qu’on a fait a celui qui a été sur la scène Caligula, Le Cid, Richard ll,Lorrenzaccio,Ruy Blas et jamais Hamlet. Qu’écrire sur Gérard Philipe ? Qu’il était, comme le déclarait Morvan Lebesque, „un pur et que cette pureté illuminait le personnage a l’écran et sur la scène et que c’est la source profonde de la fascination qu’il exerçait ”? Qu’il était, comme l’affirmait Alain Resnais,"un acteur mystérieux, avec un talent impossible a fixer par les mots” ? Qu’il était "un fanatique du métier d’acteur”, comme le croyait Jean Vilar ? "Qu’il s’y consacrait totalement , jusqu’a la frénésie” (Claude Autant-Lara) ? Qu’il était le héros et le symbole d’une génération” (Claude Roy) ? Sans doute, Gérard Philipe, l’homme et l’acteur était-il tout ce qu’on a écrit sur lui. Mais Gérard Philipe reste, avant tout, l’acteur qui signe le pacte avec le cinéma, payant de son propre sang dans un jeu ou il est impossible a tricher. Dans l’obscurité de la salle de cinémathèque, le chevalier Henri défi en souriant monsieur Lumière.

Je remercie beaucoup Maria de nous avoir fait l'amitié de nous montrer que le talent de Gérard Philipe était reconnu de part le monde.

Si vous avez d'autres articles où documents, n'hésitez pas à me les envoyer, ce serait magnifique, je vous en remercie.
Nadine.